Synthèse :
- La perte de gains professionnels (PGP) se divise en deux catégories : PGPA (actuelle, avant consolidation) et PGPF (future, après consolidation), chacune ayant des méthodes de calcul distinctes basées sur la situation professionnelle et les revenus antérieurs.
- Le calcul de la PGPA pour les salariés repose sur le salaire net des 12 mois précédents, en déduisant les indemnités journalières et les salaires perçus, tandis que pour les indépendants, il prend en compte les bénéfices des 3 dernières années et les pertes de chiffre d'affaires.
- La PGPF, calculée après consolidation, couvre les pertes de revenus futures en cas d'incapacité à travailler, avec des déductions obligatoires pour les prestations déjà perçues, et peut être capitalisée selon des barèmes spécifiques.
- La perte de chance, souvent négligée, permet d'indemniser les opportunités manquées en raison de l'accident, proportionnellement aux chances de succès, comme une embauche ou une promotion non réalisées.
Deux postes, deux logiques
La nomenclature Dintilhac (rapport Jean-Pierre Dintilhac, 2005) a clarifié un chantier longtemps confus. Aujourd’hui deux postes se distinguent :
- PGPA — Perte de Gains Professionnels Actuels : entre la date de l’accident et la date de consolidation médicale. C’est l’arrêt de travail, le mi-temps thérapeutique, la reprise impossible.
- PGPF — Perte de Gains Professionnels Futurs : après la consolidation. C’est l’incapacité permanente à retrouver, totalement ou partiellement, son métier ou ses revenus.
À côté, un troisième poste — l’incidence professionnelle — couvre la dévalorisation sur le marché du travail, la pénibilité accrue, la perte de chance de promotion. Ne le confondez pas avec la PGPF : il n’indemnise pas la perte de salaire, mais le retentissement global sur la carrière.
PGPA : le calcul avant consolidation
L’idée est simple : reconstituer ce que vous auriez gagné si l’accident n’avait pas eu lieu, et en soustraire ce que vous avez réellement perçu.
Salarié
Revenu de référence : votre salaire net des 12 mois précédents (y compris primes, 13e mois, heures supplémentaires régulières).
Ce qui se soustrait :
– Indemnités journalières de la Sécurité sociale (IJSS)
– Complément employeur (convention collective, prévoyance)
– Salaires effectivement perçus en cas de reprise partielle
Ce qui se calcule : la différence. C’est la PGPA à indemniser.
Sophie, 26 ans, assistante commerciale, 2 100 € net mensuel. Arrêt de travail de 8 mois après son accident de scooter. Elle a touché 70 % de son salaire en IJSS + complément prévoyance. La PGPA couvre les 30 % manquants, plus les primes perdues, plus la mutuelle non prise en charge.
Indépendant, libéral, commerçant
Le calcul est plus délicat : les revenus fluctuent, et la cessation d’activité peut avoir des effets au-delà de l’arrêt de travail (perte de clientèle, frais fixes qui continuent).
Revenu de référence : moyenne des bénéfices déclarés sur 3 ans (BIC, BNC, BA).
Éléments à chiffrer :
– Perte de chiffre d’affaires (factures non émises)
– Frais fixes qui continuent pendant l’incapacité (loyer du cabinet, leasing, abonnements)
– Coût du remplacement (collaborateur, intérim, confrère)
– Perte de clientèle documentée
Jérôme, 42 ans, kiné libéral, a vu sa patientèle partir pendant ses 14 mois d’arrêt. La PGPA intègre non seulement les honoraires perdus, mais aussi le déficit de ré-amorçage à la reprise.
Chômeur, étudiant, inactif
Ne pas travailler au moment de l’accident n’interdit pas la PGPA. Pour un chômeur : perte des allocations. Pour un étudiant ou un apprenti : les salaires déjà planifiés (CDD d’été, embauche à venir) peuvent être indemnisés au titre de la perte de chance.
Pour un inactif qui tenait son foyer (activité domestique significative), un poste spécifique est admis par la jurisprudence.
PGPF : le calcul après consolidation
Après la consolidation médicale, si vous ne pouvez plus exercer votre métier — ou plus au même niveau — la perte se projette sur l’avenir.
Les scénarios principaux
- Inaptitude totale définitive : vous ne pouvez plus travailler du tout. La PGPF couvre la perte de salaires jusqu’à l’âge de la retraite.
- Reprise à mi-temps ou temps partiel thérapeutique définitif : la PGPF couvre le delta.
- Reclassement obligatoire : vous avez dû changer de métier, avec une perte de rémunération à la clé.
- Aucune perte de salaire mais pénibilité accrue : c’est l’incidence professionnelle, pas la PGPF.
La méthode : capitalisation
La PGPF se calcule en capital ou en rente, via le barème de capitalisation de la Gazette du Palais (ou, pour certaines situations, le barème BCRIV). Ce barème fournit des prix d’euro de rente selon l’âge et le sexe, actualisés régulièrement.
Schéma :
Perte annuelle × Prix de l'euro de rente (selon âge) = Capital PGPF
Exemple de principe (sans promesse chiffrée) : pour une perte annuelle estimée de X €, un homme de 40 ans aura un « prix d’euro » plus élevé qu’un homme de 55 ans, parce que le nombre d’années de perte projetée est plus long.
Les déductions obligatoires
De la PGPF brute se déduisent les prestations indemnitaires déjà versées par les tiers payeurs :
- Pension d’invalidité (Sécurité sociale)
- Rente accident du travail si applicable
- Pension de retraite anticipée pour invalidité
- Certaines prestations de prévoyance
La Cour de cassation (2e ch. civ.) impose une déduction poste par poste : la pension d’invalidité s’impute sur la PGPF, pas sur le DFP.
Pierre-Yves, 58 ans, cadre, contraint à une retraite anticipée pour invalidité. Sa PGPF est calculée jusqu’à 62 ans (âge légal à l’époque), sous déduction de la pension d’invalidité capitalisée et de la pension de retraite anticipée.
Les pièces à rassembler
Sans documents, pas d’indemnisation à la hauteur. Préparez un dossier solide.
Pour le salarié :
– Bulletins de salaire 12 derniers mois pré-accident
– Attestations employeur (salaire, primes, perspectives)
– Avenants, promotions documentées
– Décomptes IJSS, prévoyance
– Avis d’imposition 3 dernières années
Pour l’indépendant :
– Liasses fiscales 3 ans (ou plus)
– Journaux de CA mensuel avant et après
– Factures de remplacement (collaborateur, confrère)
– Attestations comptable
– Quittances de loyer professionnel, leasing, assurances
Pour tous :
– Arrêts de travail successifs
– Avis du médecin du travail
– Notification d’inaptitude ou de reclassement
– Titre de pension d’invalidité si applicable
La perte de chance : un levier souvent oublié
Si l’accident survient à un moment charnière — embauche programmée, promotion en cours, diplôme à passer — la perte de chance permet d’indemniser une partie de ce qui ne s’est pas concrétisé.
La jurisprudence admet la perte de chance à hauteur d’un pourcentage représentant la probabilité d’obtention du gain (50 %, 70 %, 80 %…), appliqué au montant en jeu.
Maëlys, 19 ans, renversée juste avant son concours d’entrée en école d’ingénieur, conserve des séquelles cognitives. La perte de chance de réussir le concours et d’accéder au salaire d’ingénieur est indemnisable, proportionnellement à ses chances statistiques (notes antérieures, profil).
L’articulation avec l’incidence professionnelle
Ces deux postes se cumulent quand ils couvrent des réalités différentes :
| Poste | Ce qu’il indemnise |
|---|---|
| PGPF | Perte de revenus chiffrable, écart de salaire |
| Incidence professionnelle | Dévalorisation, pénibilité, perte de chance d’évolution, reconversion contrainte |
Une victime qui retrouve le même salaire mais dans un poste plus pénible, avec moins de perspectives : pas de PGPF, mais incidence professionnelle.
Contester un calcul sous-évalué
Les assureurs ont tendance à minorer la PGPF :
- en retenant un revenu de référence trop court (un mois atypique, une année de creux)
- en utilisant des barèmes internes au lieu de la Gazette du Palais
- en capitalisant avec un taux d’intérêt défavorable à la victime
- en oubliant les primes, treizièmes mois, heures supplémentaires
Vos leviers :
- Exiger la ventilation poste par poste de l’offre
- Demander l’application du barème Gazette du Palais
- Présenter vos pièces comptables complètes
- Saisir le juge en cas d’écart persistant (référé-provision si besoin)
Questions fréquentes
Mes heures supplémentaires sont-elles prises en compte ?
Oui, si elles sont régulières et documentées (bulletins de salaire, convention collective, attestation employeur). Les heures ponctuelles sont plus difficiles à intégrer.
Je travaillais au noir au moment de l’accident : ai-je droit à la PGPA ?
La jurisprudence admet parfois l’indemnisation sur la base du SMIC ou d’un revenu équivalent démontrable, mais avec des preuves solides (attestations, virements, comptes). Le travail non déclaré reste un obstacle majeur.
Je suis retraité, puis-je avoir une PGPF ?
Pas de PGPF au sens strict, mais une perte de revenus liés à une activité maintenue (cumul emploi-retraite, activité bénévole indemnisée) peut être indemnisée. Une perte de pension (réforme) relève de l’incidence professionnelle.
L’assureur intègre l’aide de Pôle Emploi / France Travail : est-ce normal ?
Les allocations chômage antérieures à l’accident font partie du revenu de référence. Celles versées après l’accident peuvent entrer en déduction si elles compensent la perte. À examiner au cas par cas.
Peut-on réviser la PGPF en cas d’aggravation ?
Oui. Une aggravation médicale entraînant une nouvelle perte de gains ouvre droit à une indemnisation complémentaire au titre de l’aggravation, après nouvelle expertise.
Ce qu’il faut retenir
- Deux postes : PGPA (avant consolidation) et PGPF (après), à ne pas confondre avec l’incidence professionnelle.
- Le revenu de référence : 12 mois de salaires ou 3 ans de bénéfices pour les indépendants.
- Déductions obligatoires : IJSS, pensions d’invalidité, rentes AT.
- La PGPF se capitalise selon le barème Gazette du Palais, pas selon les barèmes internes d’assureurs.
- La perte de chance (embauche, promotion, diplôme) est indemnisable proportionnellement.
- Rassemblez un dossier comptable complet avant l’expertise — c’est ce qui fait l’offre.
- Associations d’aide : FNVR, AIVF, 116 006 (numéro national aide aux victimes).
Pour aller plus loin :
- Loi Badinter : qui est considéré comme une victime protégée ?
- Le préjudice esthétique : de la cicatrice à la défiguration
- Le préjudice d’angoisse de mort imminente (PAMI)
- Calcul du préjudice lié à la tierce personne familiale
- Jurisprudence : les plus gros montants d’indemnisation Badinter
Vos questions
Comment calculer la perte de gains professionnels actuels (PGPA) ?
Pour calculer la PGPA, reconstituez vos gains perdus depuis l'accident en soustrayant les indemnités perçues.
Quel est le rôle de la nomenclature Dintilhac dans l'indemnisation ?
La nomenclature Dintilhac distingue la PGPA et la PGPF, clarifiant ainsi les modalités d'indemnisation des pertes de revenus.
Quand peut-on demander une révision de la PGPF ?
Vous pouvez demander une révision de la PGPF en cas d'aggravation médicale entraînant une nouvelle perte de gains.
Qui peut bénéficier de la perte de chance ?
La perte de chance peut bénéficier à ceux ayant des opportunités professionnelles manquées, comme une embauche ou une promotion.
Combien de temps faut-il pour rassembler les pièces nécessaires à l'indemnisation ?
Rassembler les pièces peut prendre plusieurs semaines, il est crucial de préparer un dossier complet avant l'expertise.


